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Funeraire chez le primates

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24 Mars 2020
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Funeraire chez le primates


Les humains ont  été longtemps considérés comme les seuls à pouvoir comprendre le concept de mort et à pratiquer des sortes de rites funérailles comme nettoyer le corps.

Cet acte a été joué depuis des millénaires, sous toutes ses formes, sur terre, sous l’eau, à l’air, dans la nuit ou en pleine jour.

Un animal ne peut être attristé. En revanche, il peut avoir un comportement assez similaire à celui d’un humain en particulier chez les grands singes lorsqu’il est confronté à la mort. On parle de deuil ou de l’empathie, même s’il s’agit là d’anthropomorphisme.

Tout au plus les congénères de la victime accusent une grande perte sur le plan social, mais il est très impossible d’évaluer les émotions provoquées par cette perte. Les manifestations d’émotion plus subtiles, les seules aptes à nous révéler des informations sur l’impact de la perte subie, échappent à toute observation, neutralisées par des sentiments plus immédiats tels que la peur, la colère, la tristesse ou même joie dans certains cas. Mais les congénères de la victime sont rarement les témoins immédiats  de la mort, ne se trouvant pas, à proximité du cadavre.

L’expression de l’empathie, du deuil et de la douleur, ainsi que d’autres manifestations associées généralement à la perte d’un congénère, sont difficiles d’accéder quand on est dans le règne animal, puisqu’on ne peut que se baser sur des comportements observables qui ne laissent transparaitre des informations partielles et limitées sur les émotions éprouvées par l’animal.

Gorilles s’asseyent auprès du cadavre, la tête pencher
Gorilles s’asseyent auprès du cadavre, la tête pencher

Pour être à mesure de mener une recherche sur les réactions des animaux face à la mort, il faut se penser sur des cas où celle-ci frappe en direct une population donnée, permettant ainsi un contact immédiat avec le cadavre. Nous avons rarement connaissance des événements qui précèdent la mort, tout comme de la relation sociale qui unissait la victime aux survivants, ce qui est susceptible d’apporter un éclairage quant aux sentiments des congénères face à la mort.

Chez les primates et les grands singes on peut distinguer plusieurs forme de mort : la mort accidentelle, la mort de petits ou encore  la maladie.


La mort accidentelle

Lorsqu’on parle de la mort accidentelle, on sous attend des manifestations qui peuvent se dérouler face à l’évènement inattendu de la mort d’un membre du groupe quelconque.

Comme chez les chimpanzés, les gorilles, se regroupent autour du cadavre, poussent de cries et échangent mutuellement des gestes d’apaisement. Par moment ils se livrent à des vives manœuvres d’intimidation, tapent du pied et arrachent des branches et arbustes qu’ils projettent autour d’eux.

Contrairement à ses habitudes, certains se lèvent seuls ou en groupe et se placent à proximité du mort, l’entourant tête baissée durant de longue minutes. Les gorilles s’asseyent auprès du cadavre, la tête pencher vers lui sans le quitter des yeux.


Le gorille porte le cadavre de son enfant
Le gorille porte le cadavre de son enfant

La mort d’un petit

Chez les gorilles, les mères portent en permanence leur petit, de la naissance à l’âge de 4 mois. Le taux de mortalité des petits est relativement élevé au cours de la première année de leur vie. De ce fait, toutes les mères expérimentent ainsi la mort de l’un de leurs petits au cours de leur vie. Elles continuent à porter le cadavre de leur enfant jusqu’à 12 jours après le décès.

Ces situations mettent en lumière la façon dont de petits groupes d’animaux, étroitement liés les uns aux autres, réagissent à la mort de l’un d’entre eux.


Un risque de maladie pour les gorilles

Les cadavres présentent un risque sérieux de transmission de la maladie et leur inspection minutieuse pourrait jouer un rôle crucial dans l’apparition de la maladie chez les gorilles. Le virus Ebola a ainsi tué des milliers de gorilles et grands singes africains y sont très sensibles.

Le taux de mortalité chez les gorilles peut atteindre 95% après avoir été en contact avec la maladie.


Les gorilles manifestent de l’attention à des étrangers

A l’instar d’autres espèces animales, les gorilles font preuve de comportement spécifique envers le cadavre d’un congénère, même si celui-ci est un inconnu.

Ce comportement est d’autant plus remarquable lorsqu’on ait que les gorilles se méfient des individus ou groupes étrangers et ont tendance à se conduire de manière agressive envers eux dans la vie de tous les jours.


Quelle conscience les animaux ont-ils de la mort ?

Si les animaux peuvent comprendre à un certain degré le passage de «vie» à «sans vie» d’un des leurs, qu’en est-il de leur propre mort? En ont-ils conscience?

Les gorilles adoptent plusieurs comportements proches de ceux que l’on observe chez les humains, dont une phase de deuil.

Pour les chercheurs, la compréhension que les animaux ont du passage de la vie à la mort est souvent sous-estimée.

Chimpanzé se conduit de manière agressive suite à la mort de son proche
Chimpanzé se conduit de manière agressive suite à la mort de son proche

Beaucoup de phénomènes, comme la capacité de raisonner, d’utiliser des outils ou la conscience de la mort, sont considérés comme différenciant les humains des autres espèces. Mais la science a montré que cette frontière est loin d’être définie qu’on le pense. La façon dont les gorilles réagissent à l’agonie ou au décès d’un compagnon indique que leur conscience de la mort est bien plus développée qu’on puisse l’imaginer.


Deuil chez les gorilles

A la mort de leurs congénères, les gorilles leur prodiguent des soins funéraires et vivent une phase de deuil avec parfois un épisode dépressif (trouble de sommeil, agitation). Le deuil et les rituels funéraires ne sont pas réservés aux humains.


La grande différence entre les humains et les gorilles réside dans la ritualisation. Chez nous, les rituels sont de l’ordre culturel. Je ne dis pas que cela n’existe pas dans les autres espèces, mais ça n’a pas encore été étudié. Lorsque les gorilles restent en cercle autour du mort pendant des heures, on pourrait y voir un premier pas vers la ritualisation.


Paterne Huston Bushunju, République démocratique du Congo, est Correspondant de l’Afrique


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