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Le chat dans la culture africaine

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26 Décembre 2019
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Peinture de Oxana Zaika
Peinture de Oxana Zaika


Il y a 8000 ans, les chats ont vraisemblablement commencé à rôder autour des communautés agricoles du croissant fertile, ou ils ont établi leurs quartiers au sein d’une relation profitable aux parties, à savoir en tant que police anti-rongeurs pour les humains.

De nos jours, le chat occupe d’ailleurs une grande place dans nos sociétés, étant considérée comme l’animal de compagnie le plus populaire dans plusieurs pays.


Le chat au quotidien

En principe, l’image du chat est positive en Afrique en raison de l’affection qu’éprouve l’homme.

A l’inverse, le chat est satanisé dans l’Afrique chrétienne durant la majeure partie du Moyen-Age, manifestement en raison de son adoration passée de la part des païens et surtout de la réflexion de la lumière dans ses yeux, qui passe pour être les flammes de l’Enfer.

Dans la symbolique médiévale, le chat est associé à la malchance et au mal, d’autant plus quand il est noir, ainsi qu’à la sournoiserie et à la féminité. C’est un animal du diable et des sorciers.

Toutefois le chat est un animal courant et banal tout au long du Moyen-Age et on lui reconnait un rôle prophylactique. Sa fourrure est couramment un objet de commerce.

Cependant, la renaissance marque un certain retour en grâce du chat, principalement en raison de son action préventive contre les rongeurs, dévoreurs de récolte.

Les grandes découvertes et la mise au jour d’espèces exotiques jouèrent également un rôle certain.

Le chat Rê tuant Apophis - Tombe de Nekhtamon - XIXe dynastie
Le chat Rê tuant Apophis - Tombe de Nekhtamon - XIXe dynastie

La viande de chat est mangée dans certaines régions d’Afrique. Ces traditions sont cependant contestées, par exemple dans certains pays où le mode de vie des habitants tend à se rapprocher de celui des pays occidentaux : les chats commençant à être considérés comme des animaux de compagnie, leur consommation devient un tabou alimentaire.

Il est évident que les chats ont fait, et font partie de ces animaux qui nous fascinent et gardent une place chaude dans nos histoires et nos foyers. Nos chats domestiques sont probablement les descendants des chats sauvages africains qui furent vraisemblablement domestiqués pour la première fois en Egypte pour leur utilité entant que chasseurs de nuisibles (souries).

Le chat dans la culture africaine

Avant de devenir un animal de compagnie apprécié pour sa douceur, sa grâce et sa nonchalance, le chat est un animal protecteur et prédateur chassant les rongeurs et protégeant les silos à grain ou les Egyptiens entreposaient leur récolte( surtout le blé), ressource vitale pour ce peuple d’agriculteur.

C’est avec la fin de la chasse aux sorciers, à la fin du XVIIIèmesiècle, que le chat a pu réintégrer sa place d’animal domestique dans la société.


Le chat et la superstition

Le Moyen-Age (du Vème au XVème siècle) a été dramatique pour la population féline.

Le chat a été divinisé par les Egyptiens, notamment ses yeux qui reflétaient la lumière la nuit étaient le symbole de pouvoir de Ra, le dieu soleil. Le chat était le représentant du démon. On allait jusqu’à le ferrer afin de l’entendre la nuit ne pas de le croiser.

Chat noir vénéré dans l'ancienne Egypte
Chat noir vénéré dans l'ancienne Egypte

Lorsque le christianisme s’est imposé comme religion d’Etat, le chat n’a plus eu de caractère divin mais les fantasmes sont restés dans l’esprit populaire et il est devenu une créature satanique surtout s’il est noir.

Cette superstition tenace perdure encore à nos jours.

Aujourd’hui encore, on dit que croiser un chat noir porte malheur, surtout s’il arrive de notre côté gauche.

Le chat, animal domestique, est souvent utilisé, par de nombreuses familles congolaises pour nuire à la vie de leurs voisins du village. Sa présence nocturne dans les parcelles voisines présage, pour des populations superstitieuses, une mort certaine d’un des membres de la famille.

Souvent la personne malade ne survit pas au passage du chat pendant la nuit.Certains chats imitent les pleurs et cris des enfants pendant leur passage dans des parcelles des maisons et les pleurs nocturnes des enfants présagent une mort certaine des enfants souvent à bas âge.


Le chat et nos traditions

Au XII eme siècle, certaines croyances affirmaient que les sorcières se transformaient en chats, la nuit, et qu’elles rentraient par les fenêtres ou les cheminées des maisons en poussant des hurlements effrayants et assaillant les enfants.

Très rapidement, le chat va devenir le symbole de l’indépendance, de la lubricité, du malheur…On va l’associer à l’image des sorciers et autres démons, objet de toutes sortes de croyances.

Le chat, compagnon de la maison, animal adulé par nombreuses familles sous d’autres cieux, surtout en occident ; animal aussi choyé dans des familles riches en RD Congo, mais dans des villages, la présence d’un chat dans une famille suscite beaucoup de suspicion pour leurs propriétaires.

Le chat dans la culture africaine

Avec la crise économique qui frappe le pays, la présence des chats dans une famille ne constituerait pas seulement, dit- on, un certain mode de vie ou la recherche d’un compagnon à la maison, mais aussi un moyen et un instrument de nuire à son entourage.

Quand une famille ne parvient pas à se nourrir, comment pourrait-elle nourrir ces animaux ? Nul doute, pour les habitants crédules, que la présence de ce genre d’animaux dans une maison ne serve qu’à cacher la sorcellerie et nuire aux voisins.

Dans presque tous les villages à travers la RD Congo, les gens sont unanimes, malgré les coutumes différentes et tribus différentes, pour dire que la présence des chats dans les maisons ne sert qu’à causer du tort à son voisinage. Quand un enfant ou un membre de la famille est malade, il suffit qu’un chat s’introduise dans une parcelle pour que le désespoir s’installe dans toute la famille.

Dans les villages de Mwenga, au Sud-Kivu, à 100 Km de la ville de Bukavu, certaines familles se sont organisées pour couper les arbres de leurs parcelles ou pour boucher les passages aux alentours de leurs maisons afin d’empêcher, en vain, aux chats de s’immobiliser longtemps sur leurs parcelles et qu’ainsi ils soient vus facilement et capturés.

La Déesse aux traits félins
La Déesse aux traits félins

Les chats se déplacent maintenant sur les toits des maisons en tôles galvanisées et, pendant leur passage, les familles ont l’impression que la maison va s’écrouler.

Leur passage fait beaucoup de bruit pour un animal qui pèse à peine 3Kg et qui suscite de fortes angoisses dans les familles visitées .On dirait un homme sur le toit entrain de danser.

Ce passage des chats provoquent souvent des insomnies chez les enfants pendant des nuits entières ; il arrive même que les enfants perdent leur concentration en classe parce qu’ils ont passé des nuits entières sans dormir.

Si le passage de ces chats n’arrive pas à causer la mort, comme disent les habitants des villages, leur passage provoque souvent des maladies non compréhensibles pour de nombreuses familles notamment des oreilles bouchées pour toute la vie, des femmes qui n’arrivent plus à concevoir et avoir d’autres enfants, des hommes qui attrapent de maux de tête interminables, des familles dont les enfants deviennent malades régulièrement, des jeunes gens qui deviennent fous, des familles dont les champs ne produisent plus de bonnes récoltes, des membres de familles qui s’entredéchirent pour des histoires banales.

Comme il est difficile de savoir qui cherche qui et qui veut qui, les suspicions ne cessent d’être dirigées vers les familles propriétaires des chats, accusées souvent de nuire à leur entourage.

Le chat dans la culture africaine

Les habitants de certains villages en RD Congo ont pris la décision de ne considérer, désormais, les chats comme un animal domestique de compagnie, mais comme gibier à manger, afin d’empêcher certaines personnes du village, de continuer à visiter leurs voisins pendant la nuit en dehors de leurs maisons sont considérés comme gibier et finissent dans la plupart des cas dans les marmites des habitants du village.

Une façon pour les habitants du village de limiter la nuisance des certaines personnes qui se déguisent en chat pour faire du mal à leur entourage.

Les habitants du village pensent que la disparition des chats dans les villages fera mettre au grand jour les véritables sorciers qui empêchent à de nombreuses familles de retrouver la paix et la tranquillité pendant la nuit. (KILOSHO Barthélemy, RD Congo : Les chats sorciers dans les villages. Article, 2007)


Le chat rehabilite

Le chat était toujours considéré comme un animal utile même s’il était craint durant tout le moyen âge. On lui attribue des pouvoirs surnaturels, dont la faculté de posséder neuf vies dans certaines régions africaines.

Non seulement il attrape le souris mais on lui reconnait d’autres vertus parfois surnaturelles :

Le chat dans la culture africaine

• Les vertus exorcistes et thérapeutiques du chat

Bien que dans l’esprit populaire du Moyen Age, le chat avait une image plutôt nocive : porter la fourrure d’un chat faisait maigrir, manger de la cervelet d’un chat intoxiquait et faisait perdre la raison, au contraire, le chat noir était souvent utilisé en pharmacopée : selon le manuscrit des kiramides, au XII eme siècle, les testicules de chat noir avec du sel fait fuir les démons et un cœur de chat noir attaché au bras gauche anesthésierait de toute douleur.

• Le pouvoir du chat sur les éléments

Au moyen Age, le chat noir, s’il est craint, n’est pas toujours obligatoirement néfaste. Par exemple les marins qui avaient toujours l’habitude d’embarquer les chats sur leurs bateaux, pour lutter contre les rats et les souris, en avaient en grand respect. Si, un homme en colère se permettait de jeter un chat pardessus bord, ils pensaient avec beaucoup d’angoisse que cela allait déclencher la colère des éléments.

Ils étaient aussi persuadés que, placé sur le pont, en cas de calme plat, il pouvait aider à lever les vents.


Le chat comme animal de compagnie

Si des pratiques cruelles envers les chats se sont perpétués jusqu’au milieu du XVII eme, on a perçu bien avant une évolution des esprits montrant plus de sensibilité envers ces petits compagnons.

Le chat apparait également dans des textes anciens religieux : il aurait reçu la gratitude de la vierge Marie pour avoir réchauffé l’enfant Jésus à Bethlehem.

Nos animaux de compagnies nous donnent leur affection, leur chaleur et font partie de notre famille. Quand nous décidons de les accueillir, il est très important de comprendre qu’il est nécessaire de s’en occuper ; de les soigner, de les dresser et de les aimer.

Quoi qu’il en soit la symbolique du chat est pour le moins qu’on puisse dire riche et variée selon les cultures. Mais en général, il est associé à la féminité et à ses aptitudes de chasse.


Paterne Huston Bushunju, République démocratique du Congo, est Correspondant de l’Afrique


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