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Ngog Lituba

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30 Mars 2011
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Ngog Lituba, la Montagne sacrée des peuples Bassa, Mpo'o et Bati du Cameroun

Débat sur l’importance des religions naturelles pour la survie des cultures des Peuples Autochtones de la planète


D’après les conclusions des travaux de certains experts en ethnologie, la formation des groupes humains s’atteste par la démonstration d’une commune appartenance génétique et culturelle. Ces conclusions remarquables témoignent sans doute des progrès scientifiques réalisés par l’ethnogenèse qui grâce aux techniques modernes d’investigation scientifique telle que la datation au carbone 14, peut aussi expliquer divers procédés de naissance des peuples autres que la consanguinité.

Poursuivant les recherches sur les lignées humaines et leurs formations, les ethnologues en sont arrivés à des conclusions  intéressantes qui confortent la thèse élaborée autour du concept des peuples issus de la culture majoritaire, sans forcément être issus d’une souche génétique commune.

Ainsi concluent-ils leurs travaux :

« la naissance d'un nouveau peuple doté d'une culture propre, éventuellement également une langue, une mythologie et une conscience propres peut découler de l'isolement d'un groupe humain sur une longue période. Des influences importantes coïncidant (géographie, climat, flore, faune, d'autres cultures), une communauté de destin et/ou d'histoire d'un certain groupe d'hommes sont une autre possibilité d'explication de la naissance d'un peuple(…).Un nouveau peuple peut aussi naître de la fusion de plusieurs peuples ».

Les caractéristiques ainsi décrites peuvent aisément correspondre au concept de peuple issu de la culture majoritaire et dominante, par opposition à celui des peuples natifs.

Il en découle une évidence qui consiste à faire croire que des personnes qui partagent par exemple les mêmes croyances depuis de nombreux siècles deviennent par la force du temps un peuple, même si elles ne partagent pas forcément les mêmes conditions géographiques ni le même climat.

Pour  ainsi dire, il existerait dans l'ethnogenèse d'un peuple naturel  d’autres aspects spécifiques voire scientifiques  qu’on pourrait rechercher en dehors des caractéristiques et des conditionnalités citées plus haut. Il semblerait que  les caractéristiques ethniques, linguistiques et culturelles ne sauraient être les seuls critères de reconnaissance de l’existence d’un un peuple ou d’un groupe humain se comportant comme tel.

Parallèlement à cette remise en cause des critères ethnologiques, surgit les problèmes relatifs à la reconnaissance du statut de peuple à un groupe humain. On peut malheureusement constater que malgré les progrès institutionnels et les gouvernances mondiales, en l’état actuel des  rapports  interhumains, aucune  institution internationale n’est capable ni  habilitée à renier ni à contester à un groupe humain  quelconque vivant sur un territoire le statut de peuple, ou d’attribuer un qualificatif similaire à un groupe humain, fût-il formé artificiellement, sans qu’en amont cela ne pose de sérieux problèmes


Ekhnaton, le pharaon Amenophis IV

d’interprétation et d’éthique.

De toute évidence, une religion crée forcément une communauté. Par ailleurs, toute communauté humaine qui se forme autour d’une religion invente et construit ses propres rites, ses codes moraux, ses  dogmes. Ces usages habituels s’érigent en coutumes auxquelles il devient difficile de se détacher. Ainsi devrait survenir et s’imposer comme loi fondamentale, le principe de la liberté de religion, seule capable de maintenir l’équilibre et la paix parmi  les hommes. Il est urgent et d’une grande important  d’œuvrer dans ce sens, car beaucoup d’agressivité  existent et constituent dans la plupart des cas, autant de violations qui poussent les membres des communautés ainsi lésées à multiplier des initiatives de prise de conscience et de protestation contre l’étouffement  de leur spiritualité et l’émiettement de leurs communautés devenues vulnérables avec le temps. On peut donc voir en ces nouvelles formes communautaires la manifestation des religions, plus ou moins organisée les unes par rapport aux autres et, plus ou moins hiérarchisée.

Ces religions qui se constituent en entités spirituelles et communautaires spécifiques le plus souvent  se forment sur des bases différentes des normes ethnologiques citées plus haut. Il n’est pas besoin pour cela, d’exiger de ses membres une quelconque appartenance génétique ou culturelle. Dans nombre de cas, les communautés ainsi formées identifient et reconnaissent en leurs guides le seul facteur d’assemblement et adoptent  leurs pratiques cultuelles comme socle leur devenir culturel. On désigne ainsi sous l’appellation  « fraternité » ou de « fratrie » ces communautés conceptuelles indiquant ainsi qu’il y a une nette modification du processus de formation des nouveaux groupes humains. Pourtant, il ne s’agit pas de mutations comme ce fut le cas pour l’évolution de notre espèce humaine.

On pourrait à ce sujet tirer les meilleurs exemples des églises chrétiennes, plus proches de nous et, avec lesquelles nous sommes confrontés. Il y a en définitive, un ordre qui schématise les comportements et enracine la communauté, que ce soit au sein des peuples natifs que dans celui des groupes humains reconstitués ; étant donné que chaque être humain éprouve à degrés variés, le besoin d’appartenir à un groupe. La naissance des Etas modernes auxquels nous appartenons et pour lesquels nous sommes membres provient  également de ce mécanisme.

C’est dire qu’au-delà des fonctions de citoyenneté reconnues par les Etats dans lesquels ces divers groupes humains vivent, les nouvelles constituantes sociales issues des religions se greffent et appartiennent à des constitutions ou sont liées  à des formes de nations  virtuelles qui échappent  à tout contrôle étatique et aux normes internationales. Ce sont en effet, les mutants de l’ethnogenèse qui sont issus de la culture majoritaire, par opposition aux communautés minoritaires facilement identifiables en fonction de leurs répartitions géographiques et de leur référence commune à la nature.

Malheureusement, lorsqu’il  s’agit de faire progresser le débat  portant sur  la reconnaissance des droits des peuples naturels, les considérations mises à l’écart pour la justification de l’existence des nouveaux peuples apparaissent comme étant les seuls critères valables permettant de sélectionner ou d’inscrire les natifs dans le registre des peuples autochtones. Les peuples issus de la culture adoptée par la majorité, qui a pour mode opératoire sous-jacent les grandes religions mondiales oppriment les autres peuples minoritaires. Ces nouveaux peuples sont-ils liés par un même territoire, une mythologie unique ou par une  langue commune ? Il me semble que non.

En fonction des différences d’approche et de vision globale du rapport de l’homme avec son environnement, on pourrait, supposer que ce qui tient lieu de trait d’union à cet ensemble socio-hétérogène, c’est sans doute le degré de développement scientifique et de maîtrise technologique  auquel il est parvenu. Un développement qui à vrai dire, peut être analysé comme étant avant tout la conséquence d’une inspiration judéo chrétienne fondée sur des principes et des visions spirituelles tendant à  permettre à l’homme de conquérir la matière et de briser les limites environnementales imposées par sa constitution. Une volonté de puissance manifeste, qui sera à plusieurs reprises source de conflits et de guerres. Au regard de ce qui précède, on peut  conclure  de deux choses :


Amenophis IV

Primo : D’après cette interprétation, il ressort que la philosophie des peuples naturels qui semble se définir par une approche  fondamentalement ecospiritualiste est en vertu de  cette nature, et sur un ensemble de concepts et de pratiques en totale désaccord avec les approches intelligentes structurelles élaborées par ceux qui peuvent être désignés dans notre  monde moderne,  comme étant les maîtres à penser de cette  nouvelle ère qui se caractérise comme celle de société majoritaire, et dont l’intérêt premier, source à laquelle proviennent toutes les actions menées reste la conquête permanente du monde et la recherche du profit par la consommation des dérivés de  son entreprise.

Secundo : Etant donné que  les traditions initiatiques séculaires, les  us et coutumes des peuples naturels visent plutôt à intégrer l’homme dans son cosmos ; cela,  non par le truchement de son enveloppe matérielle, il va sans dire  que les peuples qui développent des options et une vision spirituelle contraires aux paradigmes élaborés par le contact  respectueux et vénérable de la nature se considèrent en vertu de leur monopole scientifique et technologique comme les « maîtres civilisateurs » du monde et des inquisiteurs spirituels, seuls habilités à consacrer  ou à désacraliser, à codifier ou à interpréter les rites cultuels, à définir les espaces profanes et les espaces sacrés, sous l’auspice de la grande morale qu’ils ont élaborée et, qui s’impose comme norme absolue de vie et d’entendement.

Sans doute, cette novelle donne assez complexifiée nous nous pousse à entretenir une sérieuse réflexion sur la nature des rapports que les peuples autochtones pourraient en ce siècle, entretenir avec les autres peuples vivant sur le même territoire ou dans le même pays qu’eux.  De même, on peut subodorer  que d’après les dispositions de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, il sera attendu que les Etats ayant ratifié la Déclaration garantissent à brève échéance, les droits de ces peuples et leurs libertés religieuse en levant les équivoques et en codifiant par une saine régulation, l’expression de ces libertés. Pourtant, il demeurera toujours difficile de définir la nature des rapports que les  communautés  autochtones entretiendront avec les défenseurs de cette culture de majorité écrasante, largement tributaire de grandes religions dont l’influence est justement remise en cause.

Savoir gérer cette situation pourrait être l’une des motivations essentielles des politiques mondiales un proche avenir. Mais de facto  cette question soulève une autre préoccupation et non des moindres, c’est celle de la place et du rôle des religions naturelles dans la préservation des valeurs culturelles intégrales de ces peuples.

En confrontant plusieurs travaux anthropologiques sérieux, on a pu estimer que les premières pratiques religieuse seraient apparues avec l’Homo neanderthalensis (l’homme du Neandertal), il y a environ 200 mille ans. C’est à cette période de la préhistoire que l’on situe l’apparition des premiers  rites sépulcraux qui consistaient à enterrer morts.  Ces sépultures primitives témoignaient déjà des manifestations brumeuses de la croyance en un au-delà après la mort, donc en des forces supérieures à l’homme. Il est intéressant de situer la naissance de la religion à cette époque de notre histoire pour comprendre ce qui est apparu dans l’histoire des peuples naturels.

Si l’Homo sapiens( l’homme moderne) qui  migra de l’Afrique  vers les terres européennes il y a plus de 100 000 ans en passant par l’Arabie et le Proche-Orient nous intéresse,  c’est qu’il pourrait illustrer à juste titre le progrès réalisé grâce à sa capacité supérieure à fabriquer des outils, des armes très variées et perfectionnées lui permettant de s’adapter à tous les milieux et à toutes les situations. C’est surtout parce que cet ancêtre symbolise avant tout, l’expression de la forme évolutive de l’homo neanderthalensis ; le précurseur des rapports que l’homme entretient avec le transcendant, mais surtout de son respect vis-à-vis du mystère de la vie et de la mort, matrice fondamentale de toutes les croyances humaines. A partir de cet ancêtre, naîtront certainement des distorsions culturelles dans le mode de rapport devant être entretenu entre l’homme et les forces supérieures.

Plus tard au XIVe siècle avant J.-C., l’histoire nous enseigne qu’Aménophis IV, l’un des pharaons les plus importants de l’Égypte ancienne appartenant  à la XVIIIe Dynastie codifia la pratique religieuse sous le Nouvel Empire et réussit à établir le Culte d’Aton, point de départ du monothéisme. Akhenaton (la gloire d’Aton ou agréable à Aton) aura de cette manière, donné le ton pour la naissance d’une nouvelle ère de croyances religieuses et de pratiques spirituelles, même si Toutankhamon qui lui succéda rétablit le  monothéisme en Egypte.

Quels que soient les opinions qui pourraient y advenir, il semble indéniable que la spiritualité du genre humain soit étroitement liée aux rapports mort/ naissance et aux rythmes du temps liés aux mouvements comiques. Cette observation a donné naissance à plusieurs courants spirituels les uns aussi distanciés ou contradictoires des autres, mais n’a jamais réglé la question centrale de la pédagogie du rapport de l’homme avec le transcendant.

Une analyse succincte de la psychologie des peuples de l’époque s’avère impossible, mais il est compréhensible qu’à travers le monothéisme, se fit une révolution spirituelle de grande importance. Face à la mort et à la naissance, l’homme qui fut tiré de la terre, comme l’attestent la plupart des mythologies et dont le chemin évolutif conduisit au redressement de la colonne vertébrale avec l’apparition de l’Homo neanderthalensis. On pourrait à point nommé parler d’une véritable révolution spirituelle, à  travers la vénération des forces qui viennent d’en haut. Source de vie, le soleil sera toujours été célébré par l’homme, quelles que soient les formes d’appellations ou les époques, au-delà des distorsions culturelles et les influences diverses.


La croix de l’Eglise Catholique au sommet de Ngog Lituba

Beaucoup de connaissances de l’époque pharaonique restent encore inaccessibles à notre humanité actuelle, tout comme il est regrettable de voir à quel point une partie de l’humanité a détruit ce patrimoine pour justement camoufler des découvertes qui auraient pu permettre à l’homme de mieux comprendre le fonctionnement de notre univers et ses rapports directs. En rapport direct avec ce bagage scientifique et spirituel se trouvent les cultures des peuples naturels et précisément  celles des peuples d’Afrique, berceau incontestable de l’humanité.

Il est gravement préoccupant  de se rendre compte à quel point les peuples naturels sont  maltraités et gérés avec peu de considérations depuis plusieurs siècles, et particulièrement depuis les découvertes scientifiques qui ont provoqué les révolutions industrielles. Pourtant, la recherche d’une réponse au problème ontologique du rapport de l’homme avec le transcendant a de tout temps, toujours été la base de la démarche philosophique des peuples natifs restés. Ils ont certainement choisi de rester en dehors des contaminations idéologiques dogmatiques des peuples qui se sont constitués d’après les modes opératoires de l’ethnogenèse évoqués plus haut.

Cette situation nous pousse à estimer que de n’avoir pas participé à l’érection d’un monde matérialiste et mécanisé leur a valu une considération régressive de la part des cultures ayant développé ce type de philosophie. Pourtant il est avéré que de nos jours, de nombreuses recherches effectuées tant au niveau de la physique quantique que dans l’astrodynamique révèlent des informations qui rejoignent la conception du monde développée par les peuples naturels.

Giancarlo Barbadoro et Rosalba Nattero abordent cette question dans leur livre en indiquant que les peuples naturels ont toujours été les précurseurs des idées scientifiques, même si leurs modes d’investigations diffèrent de celles élaborées par les cultures nées de l’influence des religions historiques, dont la démarche théologique a souvent consisté à nier quantités de phénomènes naturels contraires à l’exégèse officielle sur la création de l’univers et de l’homme.

Il se trouve par ailleurs, que ce qui différencie les recherches scientifiques des cultures natives c’est la démarche expérimentale et l’outillage. On peut supposer que la science d’avant-garde recherche des solutions aux problèmes cosmologiques alors que les peuples naturels vivent ces solutions comme mode culturel, sans forcément vouloir le démontrer.

D’une manière ou d’une autre, les poussées scientifiques ne pourront plus permettre une adaptation des théologies dogmatiques connues depuis quelques millénaires. Il pourrait se faire que des imprévus naturels surprennent l’homme et poussent son intelligence à opérer des choix pragmatiques, ou que sous l’éclairage des découvertes scientifiques, surgissent de nouvelles religions qui mettent en avant l’harmonie cosmique et se réfèrent aux lois naturelles qu’aux normes morales dictées par les maîtres à penser de la société majoritaire.

Dans cette optique, il peut se faire que les cultures religieuses des peuples naturels soient mises en avant, puisqu’intimement liées aux rapports directes de l’homme avec le cosmos. Les religions naturelles apparaissent ainsi comme étant les accompagnatrices des progrès scientifiques de notre humanité et démontrent le poids numérique de la vérité ou de l’erreur n’a de valeur que pour les peuples qui ont développé la logique artificielle et le raisonnement comme vecteurs culturels de leurs idées.

On peut dans cette optique, considérer que l’imposition de la croix au sommet de Ngog Lituba est une grave erreur spirituelle et la preuve qui indique l’intention de l’Eglise Catholique de Rome non seulement de contester le caractère sacré de notre montagne, mais de mépriser les fondements traditionnels et religieux  naturels bâtis à travers ce lieu, lesquels furent longuement respectés depuis de nombreux siècles par les natifs de la montagne. Dans une plus large mesure, l’imposture que représente cette croix au sommet est source d’une confluence de frustrations et un potentiel conflit religieux.

Il serait peut-être temps que ce nœud gordien se dénouât, parce qu’il n’y a de pire régression humaine pour un peuple que son aliénation spirituelle, intellectuelle et culturelle.





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