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Les apparitions de Tilly

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08 Juin 2012


Il y a plus de cinquante ans.

Le Gaulois, un des premiers, a parlé il y a une quinzaine de jours, des apparitions de la Vierge à une petite servante de ferme de la commune de Tilly, près de Caen.

Le bruit de ces visions mystérieuses s’est bientôt répandu dans la contrée et actuellement, plus de trois cents personnes, accourues des localités environnantes, viennent chaque jour à Tilly pour voir l’apparition.

Ce n’est pas la première fois que des faits de ce genre se produisent dans cette petite localité normande. Il est même surprenant que les vieux habitants du pays ne se souviennent pas de « l’Archange Saint-Michel » dont les apparitions fréquentes à un humble ouvrier nommé Pierre Michel, firent sensation il y a tout juste cinquante cinq ans.

Ce pierre Michel, de son vrai nom Eugène Vintras, était contremaitre dans une fabrique de papier, située sur les bords de la Seuilles, un charmant petit ruisseau qui coule à Tilly. C’était un ouvrier probe, rangé, laborieux et animé de sentiments religieux. Il était marié et père d’un enfant. Eugène Vintras avait trente deux ans quand l’esprit surnaturel se révéla à lui pour la première fois. Cela se passait le 6 aout 1839. lui-même en a laissé le récit:

« A neuf heures environ, dit-il, j’étais occupé à écrire sur mon livre des comptes, et je me pressais assez pour terminer, ayant l’intention d’assister à une messe dont on venait de sonner la dernière volée.

« On frappe à la porte de la chambre où j’étais à écrire. Croyant que c’était un ouvrier qui avait affaire à moi, je répondis assez brusquement: «Entrez » Je fus bien surpris, au lieu d’un ouvrier, de voir un vieillard déguenillé. Je lui demandais sèchement ce qu’il me voulait.


« Il me répondit bien tranquillement: « Ne vous fâchez pas pierre Michel, (nom dont jamais personne ne se sert pour me nommer; dans tout le pays on m’appelle Eugène, et même lorsque je signe quelque chose, je ne mets jamais ces deux prénoms.)

Cette réponse de mon vieillard me fit une certaine sensation, mais elle augmenta lorsqu’il me dit: « Je suis bien fatigué; partout ou je me présente, on me regarde avec mépris ou comme un »voleur ». Ces dernières paroles m’effrayèrent beaucoup quoique dite d’un air triste et malheureux. Je me levai et pris devant moi, non pas de la monnaie, mais une pièce de dix sous, que je lui mis dans la main en lui disant: « je ne vous prends pas pour cela mon brave homme. » Et en lui disant cela, je lui fis apercevoir que je voulais l’éconduire. Il ne demanda pas mieux et me tourna le dos d’un air peiné.

A peine eut-il mis le pied sur la dernière marche que je retirai la porte sur moi et la fermai a clef. Ne l’entendant pas descendre, j’appelai un ouvrier et lui dis de monter à ma chambre. Là, sous prétexte d’affaires, j’espérais lui faire parcourir avec moi tous les endroits que je jugeais possible de cacher mon vieillard que je n’avais pas vu sortir. Cet ouvrier monta à ma chambre, je sortis avec lui en fermant ma porte à clef, et je parcourus tous les plus petits réduits; Je ne vis rien.

« J’allais entrer dans la fabrique quand tout à coup j’entends sonner une messe. J’éprouvai du plaisir, pensant que, malgré le dérangement de mon vieillard, je pourrais assister à une messe.

Alors je courus à ma chambre pour prendre u livre de prières. Je trouvai à la place ou j’écrivais, une lettre adressée à Mme de Generès, à Londres, et sur cette lettre était posée la pièce de dix sous que j’avais donné à mon vieillard. »

Les apparitions se renouvelaient le lendemain et les jours suivants, tantôt dans l’église de Tilly, tantôt dans la modeste demeure de Vintras. Le 31 aout, le « vieillard » disparait et fait place à un corps céleste tenant en sa main droite une épée flamboyante qu’il brandissait avec force. »

C’était l’Archange Saint-Michel.

L’envoyé céleste avait avec Vintras, qu’il appelait, pierre Michel, de longs entretiens que celui-ci s’empressait de transcrire dès que la vision s’était évanouie. Ces communications divines avaient trait aux destinées de la France et à celle de la monarchie. Quelque fois, l’Archange Saint-Michel faisait un sombre tableau des maux qui allaient fondre sur la France.

Le plus souvent, il entretenait pierre Michel sur la foi et sur la religion. Ces apparitions durèrent jusqu’au 10 juin 1840. On accourait de toute part pour voir Pierre Michel qui était devenu célèbre dans toute la France et qui fonda une œuvre dite l’œuvre de la miséricorde. Vintras eut d’ardents détracteurs et de non moins intrépides défenseurs. Il nous a paru intéressant, au moment ou Tilly est de nouveau le théâtre de scène du même genre d’évoquer cet physionomie de visionnaire dont les révélations firent grands bruits il y a cinquante ans.


Article relevé dans Le Gaulois du 24 Avril 1896 (Gallica-Bibliothèque Nationale de France)

 

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